Post by Category : Nouvelle

Critique littéraire : Zora s’en va  1

Critique littéraire :

Zora s’en va

Ilya Guessal

Titre d’origine : Zora s’en va
Auteur : Mireille Pierson
Date de parution : 2010
Nombre de pages : 68
Édition : Persée

Quatrième de couverture :

Zora s’en va. Elle quitte la villa aux tuiles rouges et les néfliers. Je l’admire une dernière fois quand elle se met du vernis à ongles sur les orteils. Elle est belle, arrogante. Une mèche rousse couvre son regard. L’odeur de son parfum me fait une ultime révérence. Il est midi. Dans une heure, elle prendra le car pour Marengo et ne reviendra plus. La veille, pourtant, on s’était promis l’éternité…

L’auteur, Ilya Guessal est né le 2 mai 1970 à Alger. Docteur en musicologie et en histoire de la musique, il vit et enseigne dans les Dom-Tom. Zora s’en va est son premier roman.

Y a-t-il une suite ? Non

Ma chronique :

L’auteur nous retrace un thème autour de la musique arabo-andalouse et de la contribution des juifs et des arabes à la sauvegarde du Patrimoine de cette musique plus que millénaire.

Dans l’Algérie des années 1980, on suit une tranche de vie d’un jeune garçon de 14 ans et l’arrivée dans son habitation d’une fille au pair suite à la naissance de ses deux frères jumeaux. Au travers cette rencontre, c’est un véritable choc des cultures qui se joue.

On ne se sait pas grand-chose sur le jeune garçon, en revanche Zora est le personnage central de l’œuvre. Trésor de patience, elle est douce, belle et sait s’occuper des jumeaux à merveille. Mais Zora est avant tout une patriote, une arabe qui aime son pays, qui revendique ses opinions et qui voit les français et les juifs comme des monstres. C’est un choc pour elle quand elle apprend la vérité sur sa famille d’accueil !

Ce qui m’a accroché au premier abord c’est la couverture : lisse, douce, brillante et joliment illustrée. J’ai aimé l’écriture lente et poétique. Voici une nouvelle de 60 pages qui se laisse apprécier. Chaque phrase est pensée, travaillée et nous plonge dans l’univers féérique de l’auteur ! Le décor d’Alger est parfaitement décrit et on reconnaît chaque détail.

J’avoue avoir manqué de connaissances historiques pour apprécier ce roman en profondeur et je le recommande à un public plutôt adulte averti et conscient des difficultés de l’Algérie de cette époque. J’ai particulièrement aimé la « morale » délivrée par la grand-mère. Le Judaïsme et Sionisme sont parfaitement distingués et expliqués. « Je suis dans mon pays! Nul ne m’empêchera d’y mourir! » ! Voilà une phrase qui m’a particulièrement touchée. Un petit livre, véritable pamphlet à la tolérance, qui nous apprend (même si on le savait déjà) qu’une nation c’est avant tout un sentiment patriotique de n’importe qu’elle confession religieuse que l’on soit.

A noter : L’association des Ecrivains de Langue Française (ADELF) vient d’attribuer la Mention Spéciale du Prix de l’Afrique Méditerranéenne à Ilya Guessal pour son livre Zora s’en va.


Critique littéraire : L’ange gardien  19

Critique littéraire

L’ange gardien

Marie Claire George

Ange gardien

(critique en partenariat avec les accros et mordus de lecture )

Informations :
Date de parution :
2010
Nombre de pages :
194
Nombre de nouvelles :25
Edition de ton recueil : Chloé de Lys
Quatrième de couverture :
« A votre âge, Arthur, vous pouvez prendre vos responsabilités. Je vous laisse quarante-huit heures pour découvrir une nouvelle vie à accompagner. Hâtez-vous, nous n’avons que faire d’anges oisifs. Le monde est aujourd’hui d’un danger ! Croyez-moi, il y a de l’ouvrage pour tout le monde au paradis !»

L’ange gardien

Mon avis :
En décembre dernier, le père Noël fût un peu en avance lorsque je reçu de la part de Kathy un joli paquet contenant deux livres. L’un d’entre eux était un recueil de nouvelles : « l’ange gardien » écrit par Marie-Claire George.

Je souhaiterai tout d’abord remercier les éditions « Chloé des Lys » ainsi que le forum « accros et mordus de lecture » pour ce partenariat qui est pour moi un véritable coup de cœur.

Ce recueil est un ensemble de mini scènes, de tranches de vie véridiques ou complètement farfelues. L’auteur sait par des mots simples et en très peu de temps nous embarquer dans son vécu ou dans son imaginaire. L’auteur réussit ce challenge extraordinaire de nous faire passer d’une nouvelle à une autre, n’ayant pourtant aucun lien entre elles, et ce sans difficulté mais surtout en suscitant notre impatience pour la prochaine histoire.

On partage les vies de « gens » ordinaires qui vivent pour un temps ou bien une vie, des aventures extraordinaires. Le recueil comporte 25 nouvelles chacune unique en son genre tant dans l’écriture que dans l’émotion qui s’en dégage. Toutes ont touché une émotion différente et aucune ne m’a déplu.

Le « Sourire d’Emilie » est une des nouvelles qui m’a le plus touchée. On y découvre une vieille dame, forcée par son hospitalisation de demander à sa jeune voisine de lui porter des affaires de rechange. En pénétrant son intérieur, la jeune femme découvre alors via des tas d’objets hétéroclites, la vie trépidante de la douce Emilie. Bouleversée par ses découvertes, la jeune femme ne peut s’empêcher d’engager la conversation avec Emilie qui racontera, pour la première fois, sa vie. Une histoire qui même à notre époque sort des carcans sociaux! C’est assez touchant de voir cette vieille dame que la vie a gâtée par de nombreuses aventures malheureusement solitaires se confier à une jeune inconnue simplement, sans mensonge et avec tellement de pudeur.

« Mémoires » nous fait voyager dans le temps à travers la conscience d’un arbre né dans les années révolutionnaires. On partage avec lui, les 300 ans de son existence, tantôt traversant la période napoléonienne tantôt appréciant le cri du coucou ou l’insouciance des déjeuners sur l’herbe mais également les horreurs de la guerre et enfin le supplice de son abattage. Sa renaissance surprenante m’a tiré quelques larmes, je ne saurais expliquer pourquoi, peut-être à cause de l’émotion ou de la poésie avec laquelle c’est écrit.

Dans ces nouvelles Marie-Claire sait varier les émotions notamment par des chutes surprenantes nous tirant quelques grands sourires, soit par l’innocence d’un enfant dans « Ronchon, chat d’exception » ou bien par la découverte d’un talent dans « une star est née ». Elle remet en question de grandes scènes historiques en changeant de point de vue, en relativisant l’Histoire avec un grand H. Même Louis XVI ou Caïn deviennent des personnages attachants qu’un faux pas d’un jour, finalement tellement humain, ont propulsés aux premières pages des livres d’Histoire. On partage également des combats d’une vie dans « L’or de Xoliswa ».

Ce recueil merveilleux est un ensemble de nouvelles engagées ou légères, historiques ou inventées, tristes ou joyeuses. J’ai énormément aimé la variété des personnages pas forcément humains. J’ai adoré être un chat, un arbre ou bien encore un vieux sécateur se disputant avec un stylo et une aiguille… j’aurais aimé être Sandra, réveillée en pleine nuit par un inconnu. J’ai pleuré dans « il est tard et je m’en vais», pleuré de cette indifférence face à la mort d’un être cher, pleuré face à l’amour de ce compagnon à quatre pattes.

Finalement, la variété de l’écriture est surprenante et agréable, la richesse du vocabulaire et l’emploi variés de la conjugaison nous transporte facilement d’une émotion à une autre, d’une poésie à une autre. L’on croit saisir l’écrivaine mais voilà qu’elle change de style la page suivante nous emportant de la nostalgie au fou rire, de la tristesse à la surprise, du passé à l’avenir, du réel à l’irréel.

Merci pour ce livre pétillant, joyeux, émotif, triste, nostalgique ; j’ai lu, j’ai voyagé, j’ai rêvé !